Au milieu d'une manifestation nationale, si superbement méritée par tant d'oeuvres éclatantes, le département de la Seine témoigne au grand mort son admiration sans bornes. Il se souvient avec orgueil qu'il a deux fois envoyé siéger au sénat celui que toutes les bouches ont raison de proclamer aujourd'hui le premier des poètes et le plus grand des Français.

Nous, ses électeurs, nous avons principalement admiré le démocrate aussi dévoué qu'inébranlable.

Sans doute, avec tout le monde civilisé, nous savions l'immensité de son génie; sans doute nous savions la ciselure merveilleuse et la majesté de son langage; nous savions que jamais front plus inspiré ne rayonna parmi les humains; et, pour tout dire en un mot, nous savions que le dix-neuvième siècle, si étincelant de lumière, s'appellera le siècle de Victor Hugo. Assurément nous acclamions avec enthousiasme, avec vénération, tant de grandeur, tant de puissance et tant d'éclat.

Mais s'il fut notre héros, c'est surtout parce qu'il se montra l'apôtre infatigable des revendications populaires et des grandes réformes.

Ami des faibles et des déshérités, nous avons nommé leur plus éloquent défenseur, l'auteur immortel des Misérables, le coeur toujours saignant des blessures de la France, nous avons nommé celui qui marqua éternellement d'un fer rouge les criminels envers la patrie, le sublime justicier des Châtiments et de l'Année terrible.

Et, le jour même de notre premier vote, en face du palais du Luxembourg, le peuple ratifiait magnifiquement notre choix, en faisant au nouvel élu une de ces ovations d'un caractère à la fois si touchant et si grandiose. Oui, à cette époque d'angoisse et de combat, alors que sur la France la réaction dressait encore sa face ténébreuse, Victor Hugo proclamé sénateur à Paris, ce fut un triomphe que ne peuvent oublier les républicains et tous ceux qui sont animés d'un véritable patriotisme.

Bientôt l'ancien proscrit de décembre, qui, au sortir d'horribles tempêtes politiques, avait senti toutes les douleurs de l'exil et qui connaissait maintenant tous les bienfaits de l'apaisement, réclama, avec son éloquence magistrale, en faveur des déportés de nos commotions civiles, la clémence et l'amnistie.

De sa haute autorité, il soutint constamment les oeuvres les plus généreuses, et de tous les points de la France et du monde il était salué comme le représentant le plus vénéré de la démocratie.

A l'avenir, si le grand homme n'est plus au milieu de nous pour parler et pour agir, du moins son exemple, ses oeuvres et ses enseignements resteront notre plus riche héritage. Et sans cesse, du fond de sa tombe, sortira comme un large souffle vivifiant qui fera fleurir partout la Justice et la Fraternité.

Gloire donc et reconnaissance à cet immortel génie de la patrie française et de l'humanité!