Adieu donc, maître, au nom de tous mes concitoyens! ou plutôt au revoir au sein du Dieu de «la raison, du droit, du bien, de la justice», dont vous nous avez légué la foi!

DISCOURS DE M. HENRI DE BORNIER

AU NOM DE LA SOCIÉTÉ DES AUTEURS DRAMATIQUES.

La Société des auteurs et compositeurs dramatiques m'a chargé d'apporter l'hommage de son admiration et de sa douleur à l'homme qui a illustré à jamais la scène française.

Je n'ai à parler que du poète dramatique, mais à l'insuffisance de mes paroles suppléera cette voix mystérieuse que chacun écoute dans son âme en face des grands tombeaux.

Victor Hugo a écrit cette phrase dont on pourrait faire l'épigraphe de son théâtre: «Dieu frappe l'homme, l'homme jette un cri; ce cri c'est le drame.»

Oui, c'est le drame, le drame de Victor Hugo surtout. Dans aucun temps, dans aucun pays, aucun poète n'a écouté de plus près, n'a reproduit avec plus de force ce cri de la douleur humaine. Chacune de ses oeuvres tragiques semble porter le nom d'un champ de bataille: Hernani a l'aspect d'un combat étincelant sous le soleil de l'Espagne, dans quelque sierra désolée; Ruy Blas ressemble au choc de deux escadrons farouches plus avides de donner la mort que de trouver la victoire; les Burgraves ont la grandeur douloureuse et titanique des trilogies d'Eschyle. Cette puissance admirable dans la peinture des souffrances de l'humanité n'est qu'un des mérites du théâtre de Victor Hugo; il en a un autre: le sentiment profond de la pitié! Tous ces héros, tous ces vaincus de la fatalité, tous ces désespérés de la vie, tous ces martyrs, tous ces bourreaux mêmes ont sur leur visage un ruissellement de larmes qui tombe comme un torrent d'une montagne sombre. C'est pourquoi le poète glorifie les uns et absout les autres. Il sait que tout crime est le germe d'un désespoir, que le poète, ayant dans une main la justice, doit avoir dans l'autre la clémence et que, si Adam a pleuré sur Abel, Ève a pleuré sur Caïn!

C'est en cela que l'oeuvre de Victor Hugo est à la fois terrible et touchante, et c'est pour cela qu'elle doit rester parmi les plus nobles et les plus hautes dont s'honore le génie humain.

DISCOURS DE M. JULES CLARETIE

AU NOM DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES.