Mais le théâtre de Victor Hugo, cette portion si fameuse de son oeuvre, vient d'être apprécié à sa valeur grandiose, et tout d'ailleurs n'a-t-il pas été dit—par quelles voix éloquentes!—sur le maître poète devant qui la France et le monde s'inclinent aujourd'hui!
Je crois donc devoir restreindre à son but véritable la mission qu'on a bien voulu me confier.
C'est au nom de l'Art et des artistes dramatiques, dont une moitié—la plus brillante sans doute, les femmes—pouvait difficilement prendre place dans le cortège, accouru fiévreusement de toutes part à ces funérailles triomphales; c'est au nom de nous tous enfin, que je dépose ici cet hommage respectueux, mais plein d'un orgueil patriotique!
A Victor Hugo, le Théâtre-Français reconnaissant!
DISCOURS DE M. MADIER DE MONTJAU
AU NOM DES PROSCRITS DU DEUX-DÉCEMBRE.
Concitoyens,
Mesdames et concitoyennes,
Au lendemain du coup terrible du 22 mai, à l'un de ceux dont ce coup traversait le plus cruellement le coeur, un autre génie contemporain, un chantre illustre de l'art écrivait: «Devant la mort de cet immortel, nulle parole n'est à la hauteur du silence.» Que venons-nous donc faire à cette place d'où je m'adresse à vous? Et celui qui vient de m'y précéder, et ceux qui m'y suivront, et moi-même? Ajouter une feuille à la couronne de laurier que depuis si longtemps le monde a tressée pour le Maître, glorifier la gloire elle-même, illustrer cette illustration universelle et déjà presque séculaire, qui pourrait y songer, qui oserait le dire?
Nous, nous venons tout simplement, modestement, humblement, je ne crains pas de le dire, payer à celui qui n'est plus la dette énorme de notre reconnaissance. Et vous, modernes poètes, modernes écrivains dont il fut le vaillant pionnier, pour qui il ouvrit des voies nouvelles, à qui il fit entrevoir un immense horizon, et qui vous élevâtes dans un généreux essor, emportés sur les ailes de son inspiration; et vous, représentants du Parlement et des Académies, qui dûtes tant de gloire à sa vaillante éloquence, aux oeuvres de son grand esprit; et vous tous patriotes qui m'écoutez, qui n'avez pas oublié la grandeur de celui qui porta si haut l'honneur de la France.