L'Humanité, nation définitive, est dès à présent entrevue par les penseurs, ces contemplateurs des pénombres; mais ce à quoi assiste le dix-neuvième siècle, c'est à la formation de l'Europe.

Vision majestueuse. Il y a dans l'embryogénie des peuples, comme dans celle des êtres, une heure sublime de transparence. Le mystère consent à se laisser regarder. Au moment où nous sommes, une gestation auguste est visible dans les flancs de la civilisation. L'Europe, une, y germe. Un peuple, qui sera la France sublimée, est en train d'éclore. L'ovaire profond du progrès fécondé porte, sous cette forme dès à présent distincte, l'avenir. Cette nation qui sera palpite dans l'Europe actuelle comme l'être ailé dans la larve reptile. Au prochain siècle, elle déploiera ses deux ailes, faites, l'une de liberté, l'autre de volonté.

Le continent fraternel, tel est l'avenir. Qu'on en prenne son parti, cet immense bonheur est inévitable.

Avant d'avoir son peuple, l'Europe a sa ville. De ce peuple qui n'existe pas encore, la capitale existe déjà. Cela semble un prodige, c'est une loi. Le foetus des nations se comporte comme le foetus de l'homme, et la mystérieuse construction de l'embryon, à la fois végétation et vie, commence toujours par la tête.

Notes

[1]: Morts à la suite Années. Tués. de blessures Total. ou de maladies. Armée française 1854-1856 10,240 85,375 95,615 —— anglaise 1854-1856 2,755 19,427 22,182 —— piémontaise 1855-1856 12 2,182 2,194 —— turque 1853-1856 10,000 25,000 35,000 —— russe 1853-1856 30,000 600,000 630,000 ———— ————- ————- 53,007 731,984 784,991.

[2]: Bradley. On croit en ce moment s'apercevoir qu'il était innocent.

II

LE PASSÉ

I