Il faut l'endroit cérébral, le générateur de l'initiative, l'organe de volonté et de liberté, qui fait les actes quand le genre humain est éveillé, et, quand le genre humain dort, les rêves.

L'univers sans la ville; il y a là comme une idée de décapitation. On ne se figure pas la civilisation acéphale.

Il faut la cité dont tout le monde est citoyen.

Le genre humain a besoin d'un point de repère universel.

Pour nous en tenir à ce qui est élucidé, et sans aller chercher dans les pénombres les cités mystérieuses, Gour en Asie, Palenque en Amérique, trois villes, visibles dans la pleine clarté de l'histoire, sont d'incontestables appareils de l'esprit humain.

Jérusalem, Athènes, Rome. Les trois villes rhythmiques.

L'idéal se compose de trois rayons: le Vrai, le Beau, le Grand. De chacune de ces trois villes sort un de ces trois rayons. A elles trois, elles font toute la lumière.

Jérusalem dégage le Vrai. C'est là qu'a été dite par le martyr suprême la suprême parole: Liberté, Égalité, Fraternité. Athènes dégage le Beau. Rome dégage le Grand.

Autour de ces trois villes, l'ascension humaine a accompli son évolution. Elles ont fait leur oeuvre. Aujourd'hui de Jérusalem il reste un gibet, le Calvaire; d'Athènes, une ruine, le Parthénon; de Rome, un fantôme, l'empire romain.

Ces villes sont-elles mortes? Non. L'oeuf brisé ne représente pas la mort de l'oeuf, mais la vie de l'oiseau. Hors de ces enveloppes gisantes, Rome, Athènes, Jérusalem, plane l'idée envolée. Hors de Rome la Puissance, hors d'Athènes l'Art, hors de Jérusalem la Liberté. Le Grand, le Beau, le Vrai.