—Noble seigneur, interrompit Musdœmon, il n’est pas sûr qu’il y soit allé.

—Quoi! et que me disiez-vous donc? vous jouez-vous de moi?

—Pardon, votre grâce, je répétais au seigneur comte ce que disait le domestique du seigneur baron. Mais le seigneur Frédéric, qui était hier de garde au donjon, n’y a point vu le baron Ordener.

—Belle preuve! mon fils ne connaît pas le fils du vice-roi. Ordener a pu entrer au fort incognito.

—Oui, seigneur; mais le seigneur Frédéric affirme n’avoir vu personne.

Le comte parut se calmer.

—Cela est différent; mon fils l’affirme-t-il en effet?

—Il me l’a assuré à trois reprises; et l’intérêt du seigneur Frédéric est ici le même que celui de sa grâce.

Cette réflexion du messager rassura complètement le comte.

—Ah! dit-il, je comprends. Le baron, en arrivant, aura voulu se promener un peu sur le golfe, et le domestique se sera persuadé qu’il allait à Munckholm. En effet, qu’irait-il faire là? j’étais bien sot de m’alarmer. Cette nonchalance de mon gendre à voir le vieux Levin prouve au contraire que son affection pour lui n’est pas si vive que je le craignais. Vous ne croiriez pas, mon cher Musdœmon, poursuivit le comte avec un sourire, que je m’imaginais déjà Ordener amoureux d’Éthel Schumacker, et que je bâtissais un roman et une intrigue sur ce voyage à Munckholm. Mais, Dieu merci, Ordener est moins fou que moi.—À propos, mon cher, que devient cette jeune Danaé entre les mains de Frédéric?