—On ne sait; si les corps n’étaient entiers, on pourrait croire que ce sont quelques bêtes féroces, car ils portent sur leurs membres de longues et profondes égratignures. Il en est de même du cadavre d’un vieillard à barbe blanche qu’on a apporté au Spladgest avant-hier matin, à la suite de cet affreux orage qui vous a empêché, mon cher Léandre Wapherney, d’aller visiter, sur l’autre rive du golfe, votre Héro du coteau de Larsynn.
—Bien! bien! Gustave, dit Wapherney en riant; mais quel est ce vieillard?
—À sa haute taille, à sa longue barbe blanche, à un chapelet qu’il tient encore fortement serré entre ses mains, quoiqu’il ait été trouvé du reste absolument dépouillé, on a reconnu, dit-on, un certain ermite des environs; je crois qu’on l’appelle l’ermite de Lynrass. Il est évident que le pauvre homme a été également assassiné; mais dans quel but? On n’égorge plus maintenant pour opinion religieuse, et le vieil ermite ne possédait au monde que sa robe de bure et la bienveillance publique.
—Et vous dites, reprit Richard, que ce corps est déchiré, ainsi que ceux des soldats, comme par les ongles d’une bête féroce?
—Oui, mon cher; et un pêcheur affirmait avoir remarqué des traces pareilles sur le corps d’un officier trouvé, il y a plusieurs jours, assassiné, vers les grèves d’Urchtal.
—Cela est singulier, dit Arthur.
—Cela est effroyable, dit Richard.
—Allons, reprit Wapherney, silence et travail, car je crois que le général va bientôt venir.—Mon cher Gustave, je suis bien curieux de voir ces corps; si vous voulez, ce soir, en sortant, nous entrerons un moment au Spladgest.
XVI
Elle eût été si facilement heureuse! une simple
cabane dans une vallée des Alpes, quelques
occupations domestiques auraient suffi pour
satisfaire ses modestes désirs et remplir sa douce
vie; mais moi, l’ennemi de Dieu, je n’ai pas eu de
repos que je n’aie brisé son cœur, que je n’aie
fait tomber en ruine sa destinée. Il faut qu’elle
soit la victime de l’enfer.