—Ne parlez pas si haut, Jonas, répondit le montagnard au vieux mineur, béni soit Ralph Géant qui nous protège! Me préserve le ciel de remettre le pied dans la clairière de Tulbytilbet! L’autre jour j’y croyais cueillir de l’aubépine, et j’y ai cueilli de la mandragore, qui s’est mise à saigner et à crier, ce qui a failli me rendre fou.

Le jeune mineur se prit à rire.

—En vérité, Kennybol! je crois, moi, que le cri de la mandragore a bien produit tout son effet sur votre pauvre cerveau.

—Pauvre cerveau toi-même! dit le montagnard avec humeur; voyez, Jonas, il rit de la mandragore. Il rit comme un insensé qui joue avec une tête de mort.

—Hum! repartit Jonas. Qu’il aille donc à la grotte de Walderhog, où les têtes de ceux que Han, démon d’Islande, a assassinés, reviennent chaque nuit danser autour de son lit de feuilles sèches, en entre-choquant leurs dents pour l’endormir.

—Cela est vrai, dit le montagnard.

—Mais, reprit le jeune homme, le seigneur Hacket, que nous attendons, ne nous a-t-il pas promis que Han d’Islande se mettrait à la tête de notre insurrection?

—Il l’a promis, répondit Kennybol; et, avec l’aide de ce démon, nous sommes sûrs de vaincre toutes les casaques vertes de Drontheim et de Copenhague.

—Tant mieux! s’écria le vieux mineur; mais ce n’est pas moi qui me chargerai de faire la sentinelle la nuit près de lui.

En ce moment, le craquement des bruyères mortes sous des pas d’homme appela l’attention des interlocuteurs; ils se détournèrent, et un rayon du foyer leur fit reconnaître le nouveau venu.