—Mais, dit Ordener, puisque vous connaissez Han d’Islande, donnez-moi donc quelques détails sur lui. Vous m’avez déjà appris que ce n’est pas un géant, comme on le croit le plus communément.

Spiagudry l’interrompit.

—Arrêtez, maître! n’entendez-vous point un bruit de pas derrière nous?

—Oui, répondit tranquillement le jeune homme. Ne vous alarmez pas; c’est quelque bête fauve que notre approche effarouche, et qui se retire en froissant les halliers.

—Vous avez raison, mon jeune César; il y a si longtemps que ces bois n’ont vu d'êtres humains! Si l’on en juge à la pesanteur des pas, l’animal doit être gros. C’est un élan ou un renne; cette partie de la Norvège en est peuplée. On y trouve aussi des chatpards. J’en ai vu un, entre autres, qu’on avait amené à Copenhague; il était d’une grandeur monstrueuse. Il faut que je vous fasse la description de ce féroce animal.

—Mon cher guide, dit Ordener, j’aimerais mieux que vous me fissiez la description d’un autre monstre non moins féroce, de cet horrible Han.

—Baissez la voix, seigneur! Comme le jeune maître prononce paisiblement un tel nom! Vous ne savez pas....—Dieu! seigneur, écoutez!

Spiagudry se rapprocha, en disant ces mots, d’Ordener, qui venait d’entendre en effet très distinctement un cri pareil à l’espèce de rugissement qui, si le lecteur se le rappelle, avait si fort effrayé le timide concierge dans cette soirée orageuse où ils avaient quitté Drontheim.

—Avez-vous entendu? murmura celui-ci, tout haletant de crainte.

—Sans doute, dit Ordener, et je ne vois pas pourquoi vous tremblez. C’est un hurlement de bête sauvage, peut-être tout simplement le cri d’un de ces chatpards dont vous parliez tout à l’heure. Comptiez-vous traverser à cette heure un pareil endroit sans être averti en rien de la présence des hôtes que vous troublez? Je vous proteste, vieillard, qu’ils sont plus effrayés encore que vous.