—Qui donc? dit Ordener, qui pensait en ce moment à son Éthel.
—Eh! seigneur, la pyramide triangulaire dont parle Schoenning! Je serai, avec le professeur Schoenning et l’évêque Isleif, le troisième savant qui aura eu le bonheur de l’examiner. Seulement il est fâcheux que ce ne soit qu’au clair de lune.
En approchant du fameux bloc, Spiagudry poussa un cri de douleur et d’épouvante à la fois. Ordener, surpris, s’informa avec intérêt du nouveau sujet de son émotion; mais le concierge archéologue fut quelque temps avant de pouvoir lui répondre.
—Vous croyiez, disait Ordener, que cette pierre barrait le chemin; vous devez, au contraire, reconnaître avec plaisir qu’elle le laisse parfaitement libre.
—Et c’est justement ce qui me désespère! dit Benignus d’une voix lamentable.
—Comment?
—Quoi! seigneur, reprit le concierge, ne voyez-vous pas que cette pyramide a été dérangée de sa position; que la base, qui était assise sur le sentier, est maintenant exposée à l’air, tandis que le bloc est précisément appuyé contre terre, sur la face où Schoenning avait découvert les caractères runiques primordiaux?—Je suis bien malheureux!
—C’est jouer de malheur, en effet, dit le jeune homme.
—Et ajoutez à cela, reprit vivement Spiagudry, que le dérangement de cette masse prouve ici la présence de quelque être surhumain. À moins que ce ne soit le diable, il n’y a en Norvège qu’un seul homme dont le bras puisse...
—Mon pauvre guide, vous revenez encore à vos terreurs paniques. Qui sait si cette pierre n’est pas ainsi depuis plus d’un siècle?