—Vous, seigneur gouverneur.

Ces paroles, prononcées d’un ton hautain, blessèrent le général. Il répondit d’une voix presque irritée:

—Vous oubliez que mon pouvoir, lorsqu’il s’agit de servir le roi, ne connaît point de limites.

—Si ce n’est, dit Schumacker, celles du respect qu’on doit au malheur. Mais les hommes ne savent pas cela.

L’ex-grand-chancelier parlait ainsi, comme s’il se fût parlé à lui-même. Il fut entendu du gouverneur.

—Si vraiment, si vraiment! J’ai eu tort, comte de Griff.... seigneur Schumacker, veux-je dire; je devais vous laisser la colère, puisque j’ai la puissance.

Schumacker se tut un instant.

—Il y a, reprit-il pensif, dans votre visage et dans votre voix, seigneur gouverneur, quelque chose d’un homme que j’ai connu jadis. Il y a bien longtemps. Il n’y a que moi qui me souvienne de ce temps-là. C’était dans ma prospérité. C’était un certain Levin de Knud, du Mecklembourg. Avez-vous connu ce fou?

—Je l’ai connu, répliqua le général sans s’émouvoir.

—Ah! vous vous le rappelez. Je croyais qu’on ne se souvenait des hommes que dans l’adversité.