—Voyez en moi un ami.

—Ta main, comte d’Ahlefeld! dit le petit homme brutalement. Puis il regarda le ministre en face et s’écria:—Si nos deux âmes s’envolaient de nos corps en ce moment, je crois que Satan hésiterait avant de décider laquelle des deux est celle du monstre.

Le hautain seigneur se mordit les lèvres; mais, placé entre la crainte du brigand et la nécessité d’en faire son instrument, il ne manifesta pas son mécontentement.

—Ne vous jouez pas de vos intérêts; acceptez la direction de l’insurrection, et confiez-vous à ma reconnaissance.

—Chancelier de Norvège; tu comptes sur le succès de tes entreprises, comme une vieille femme qui songe à la robe qu’elle va se filer avec du chanvre dérobé, tandis que la griffe du chat embrouille sa quenouille.

—Encore une fois, réfléchissez avant de rejeter mes offres.

—Encore une fois, moi, brigand, je te dis à toi, grand-chancelier des deux royaumes: non!

—J’attendais une autre réponse, après l’éminent service que vous m’avez déjà rendu.

—Quel service? demanda le brigand.

—N’est-ce point par vous que le capitaine Dispolsen a été assassiné? répondit le chancelier.