Le brigand se mit à rire; et ce fut une chose horrible que d’entendre ce rire se mêler aux gémissements d’un père devant le cadavre de son fils.
—Par mon aïeul Ingolphe! tu peux crier, comte d’Ahlefeld, tu ne le réveilleras pas.
Tout à coup son atroce visage se rembrunit, et il dit d’une voix sombre:
—Pleure ton fils, je venge le mien.
Un bruit de pas précipités dans la galerie l’interrompit; et au moment où il retournait la tête avec surprise, quatre hommes de haute taille, le sabre nu, s’élancèrent dans la salle; un cinquième, petit et replet, les suivait, portant une torche d’une main et une épée de l’autre. Il était enveloppé d’un manteau brun, pareil à celui du grand-chancelier.
—Seigneur! cria-t-il, nous vous avons entendu, nous accourons à votre secours.
Le lecteur a sans doute déjà reconnu Musdœmon et les quatre domestiques armés qui composaient la suite du comte.
Quand les rayons de la torche jetèrent leur lumière vive dans la salle, les cinq nouveaux-venus s’arrêtèrent frappés d’horreur; et c’était en effet un spectacle effrayant. D’un côté, les restes sanglants du loup; de l’autre, le cadavre défiguré du jeune officier; puis ce père aux yeux hagards, aux cris farouches, et près de lui l’épouvantable brigand, tournant vers les assaillants un visage hideux, où se peignait un étonnement intrépide.
En voyant ce renfort inattendu, l’idée de la vengeance s’empara du comte et le jeta du désespoir dans la rage.
—Mort à ce brigand! s’écria-t-il en tirant son épée. Il a assassiné mon fils! Mort! mort!