Au reste, Ordener cheminait quelquefois des heures entières sans être averti de la présence de l’homme dans ces lieux incultes autrement que par l’apparition intermittente et alternative des ailes d’un moulin à vent au sommet d’une colline, ou par le bruit d’une forge lointaine, dont la fumée se courbait au gré de l’air comme un panache noir.

De loin en loin il rencontrait un paysan monté sur un petit cheval au poil gris, à la tête basse, moins sauvage encore que son maître, ou un marchand de pelleteries assis dans son traîneau attelé de deux rennes, derrière lequel était attachée une longue corde, dont les nœuds nombreux, en bondissant sur les pierres de la route, étaient destinés à effrayer les loups.

Si alors Ordener demandait au marchand le chemin de la grotte de Walderhog:—Marchez toujours au nord-ouest, vous trouverez le village d’Hervalyn, vous franchirez la ravine de Dodlysax, et cette nuit vous pourrez atteindre Surb, qui n’est qu’à deux milles de Walderhog.—Ainsi répondait avec indifférence le commerçant nomade, instruit seulement des noms et de la position des lieux que son métier lui faisait parcourir.

Si Ordener adressait la même question au paysan, celui-ci, imbu profondément des traditions du pays et des contes du foyer, secouait plusieurs fois la tête et arrêtait sa monture grise en disant:—Walderhog! la caverne de Walderhog! les pierres y chantent, les os y dansent, et le démon d’Islande y habite; ce n’est sans doute point à la caverne de Walderhog que votre courtoisie veut aller?

—Si vraiment, répondait Ordener.

—C’est donc que votre courtoisie a perdu sa mère, ou que le feu a brûlé sa ferme, ou que le voisin lui a volé son cochon gras?

—Non, en vérité, reprenait le jeune homme.

—Alors, c’est qu’un magicien a jeté un sort sur l’esprit de sa courtoisie.

—Bonhomme, je vous demande le chemin de Walderhog.

—C’est à cette demande que je réponds, seigneur. Adieu donc. Toujours au nord! je sais bien comment vous irez, mais j’ignore comment vous reviendrez.