—Je comprends, s’écria tout à coup le pêcheur, vous voulez gagner les mille écus royaux que le haut syndic promet pour la tête de ce démon d’Islande.

Ordener sourit.

—Jeune seigneur, continua le pêcheur avec émotion, croyez-moi, renoncez à ce projet. Je suis pauvre et vieux, et je ne donnerais pas ce qui me reste de vie pour vos mille écus royaux, ne me restât-il qu’un jour.

L’œil suppliant et compatissant de la femme épiait l’effet que produirait sur le jeune seigneur la prière de son mari. Ordener se hâta de répondre:

—C’est un intérêt plus grand qui me fait chercher ce brigand que vous appelez un démon; c’est pour d’autres que pour moi...

Le montagnard, qui n’avait pas quitté Ordener du regard, l’interrompit.

—Je vous comprends à mon tour, je sais pourquoi vous cherchez le démon islandais.

—Je veux le forcer à combattre, dit le jeune homme.

—C’est cela, dit Kennybol, vous êtes chargé de grands intérêts, n’est-ce pas?

—Je viens de le dire.