Il passa avec la même indifférence devant ce tombeau du roi Walder, auquel se rattachaient tant de traditions lugubres, et il n’entendit d’autre voix que les longs sifflements de la bise sous ces funèbres galeries.

Il continua sa marche sous de tortueuses arcades, éclairées faiblement par des crevasses à demi obstruées d’herbes et de bruyères. Son pied heurtait souvent je ne sais quelles ruines, qui roulaient sur le roc avec un son creux, et présentaient dans l’ombre à ses yeux des apparences de crânes brisés, ou de longues rangées de dents blanches et dépouillées jusqu’à leurs racines.

Mais aucune terreur ne montait jusqu’à son âme. Il s’étonnait seulement de n’avoir pas encore rencontré le formidable habitant de cette horrible grotte.

Il arriva dans une sorte de salle ronde, naturellement creusée dans le flanc du rocher. Là aboutissait la route souterraine qu’il avait suivie, et les parois de la salle n’offraient plus d’autre ouverture que de larges fentes, à travers lesquelles on apercevait les montagnes et les forêts extérieures.

Surpris d’avoir ainsi infructueusement parcouru toute la fatale caverne, il commença à désespérer de rencontrer le brigand. Un monument de forme singulière, situé au milieu de la salle souterraine, appela son attention. Trois pierres longues et massives, posées debout sur le sol, en soutenaient une quatrième, large et carrée, comme trois piliers portent un toit. Sous cette espèce de trépied gigantesque s’élevait une sorte d’autel, formé également d’un seul quartier de granit, et percé circulairement au milieu de sa face supérieure. Ordener reconnut une de ces colossales constructions druidiques qu’il avait souvent observées dans ses voyages en Norvège, et dont les modèles les plus étonnants peut-être sont, en France, les monuments de Lokmariaker et de Carnac. Édifices étranges qui ont vieilli, posés sur la terre comme des tentes d’un jour, et où la solidité naît de la seule pesanteur.

Le jeune homme, livré à ses rêveries, s’appuya machinalement sur cet autel, dont la bouche de pierre était brunie, tant elle avait bu profondément le sang des victimes humaines.

Tout à coup il tressaillit; une voix, qui semblait sortir de la pierre, avait frappé son oreille:

—Jeune homme, c’est avec des pieds qui touchent au sépulcre que tu es venu dans ce lieu.

Il se leva brusquement, et sa main se jeta sur son sabre, tandis qu’un écho, faible comme la voix d’un mort, répétait distinctement dans les profondeurs de la grotte:

—Jeune homme, c’est avec des pieds qui touchent au sépulcre que tu es venu dans ce lieu.