—J’en donnerais au démon dans l’enfer.

—C’est ce que tu seras à même de faire tout à l’heure.

Ordener tira son sabre, qui étincela dans l’ombre comme un éclair.

—Obéis!

—Allons, reprit l’autre en secouant sa hache, il ne tenait qu’à moi de briser tes os et de sucer ton sang quand tu es arrivé, mais je me suis contenu; j’étais curieux de voir le moineau franc fondre sur le vautour.

—Misérable, cria Ordener, défends-toi!

—C’est la première fois qu’on me le dit, murmura le brigand en grinçant des dents.

En parlant ainsi, il sauta sur l’autel de granit et se ramassa sur lui-même, comme le léopard qui attend le chasseur au haut d’un rocher pour se précipiter sur lui à l’improviste.

De là son œil fixe plongeait sur le jeune homme et semblait chercher de quel côté il pourrait le mieux s’élancer sur lui. C’en était fait du noble Ordener, s’il eût attendu un instant. Mais il ne donna pas au brigand le temps de réfléchir, et se jeta impétueusement sur lui en lui portant la pointe de son sabre au visage.

Alors commença le combat le plus effrayant que l’imagination puisse se figurer. Le petit homme, debout sur l’autel, comme une statue sur son piédestal, semblait une des horribles idoles qui, dans les siècles barbares, avaient reçu dans ce même lieu des sacrifices impies et de sacrilèges offrandes.