—Notre camarade, tu as dit ce que j’allais dire. Je serais, dans toute cette affaire, bien plus tenté d’obéir à ce jeune seigneur qu’à l’envoyé Hacket. Que saint Sylvestre et saint Olaüs me soient en aide; si le démon islandais nous commande, je pense, camarade Guldon, que nous le devons beaucoup moins au corbeau bavard Hacket, qu’à cet inconnu.
—Vrai, notre capitaine? demanda Guldon. Kennybol ouvrait la bouche pour répondre, quand il se sentit frapper sur l’épaule. C’était Norbith.
—Kennybol, nous sommes trahis! Gormon Woëstroem vient du sud. Tout le régiment des arquebusiers marche contre nous. Les hulans de Slesvig sont à Sparbo; trois compagnies de dragons danois attendent des chevaux au village de Loevig. Tout le long de la route, il a vu autant de casaques vertes que de buissons. Hâtons-nous de gagner Skongen; ne faisons point halte avant d’y être entrés. Là, du moins, nous pourrons nous défendre. Encore, Gormon croit-il avoir vu des mousquetons briller à travers les broussailles, en longeant les gorges du Pilier-Noir.
Le jeune chef était pâle, agité; cependant son regard et le son de sa voix annonçaient encore l’audace et la résolution.
—Impossible! s’écria Kennybol.
—Certain! certain! dit Norbith.
—Mais le seigneur Hacket...
—Est un traître ou un lâche. Sois sûr de ce que je dis, camarade Kennybol.—Où est-il, ce Hacket?
En ce moment le vieux Jonas aborda les deux chefs. Au découragement profond empreint dans tous ses traits, il était facile de voir qu’il était instruit de la fatale nouvelle.
Les regards des deux vieillards, Jonas et Kennybol, se rencontrèrent, et tous deux se mirent à hocher la tête comme d’un mutuel accord.