—Voyez le jour, mon père! la nuit approche à grands pas.
—Il y a encore des rayons de soleil sur les collines qui bordent le golfe. J’ai besoin de respirer cet air libre à travers les barreaux de mon cachot.—Le ciel est si pur!
—Mon père, un orage vient derrière l’horizon.
—Un orage, Éthel! où le voyez-vous?
—C’est parce que le ciel est pur; mon père, que j’attends un orage.
Le vieillard jeta un regard surpris sur la jeune fille.
—Si j’avais pensé cela dès ma jeunesse, je ne serais point ici. Puis il ajouta d’un ton moins ému:
—Ce que vous dites est juste, mais n’est pas de votre âge. Je ne comprends point comment il se fait que votre jeune raison ressemble à ma vieille expérience.
Éthel baissa les yeux, comme troublée par cette réflexion grave et simple. Ses deux mains se joignirent douloureusement, et un soupir profond souleva sa poitrine.
—Ma fille, dit le vieux captif, depuis quelques jours vous êtes pâle, comme si jamais la vie n’avait échauffé le sang de vos veines. Voilà plusieurs matins que vous m’abordez avec des paupières rouges et gonflées, avec des yeux qui ont pleuré et veillé. Voilà plusieurs journées, Éthel, que je passe dans le silence, sans que votre voix essaie de m’arracher à la sombre méditation de mon passé. Vous êtes auprès de moi plus triste que moi; et cependant vous n’avez pas, comme votre père, le fardeau de toute une vie de néant et de vide qui pèse sur votre âme. L’affliction entoure votre jeunesse, mais ne peut pénétrer jusqu’à votre cœur. Les nuages du matin se dissipent promptement. Vous êtes à cette époque de l’existence où l’on se choisit dans ses rêves un avenir indépendant du présent, quel qu’il soit. Qu’avez-vous donc, ma fille? Grâce à cette monotone captivité, vous êtes à l’abri des malheurs imprévus. Quelle faute avez-vous commise?—Je ne puis croire que ce soit sur moi que vous vous affligiez; vous devez être accoutumée à mon irrémédiable infortune. L’espérance, à la vérité, n’est plus dans mes discours; mais ce n’est pas un motif pour que je lise le désespoir dans vos yeux.