—Seigneur baron.... dit-il d’une voix tremblante.
—Je ne m’appelle point ici seigneur baron, répondit Ordener d’une voix ferme, je m’appelle Ordener Guldenlew, comme celui qui a été comte de Griffenfeld s’appelle Jean Schumacker.
Le président resta un moment comme interdit.
—Eh bien donc! reprit-il, Ordener Guldenlew, c’est sans doute par un hasard malheureux que vous êtes amené devant nous. Les rebelles vous auront pris voyageant, vous auront forcé de les suivre, et c’est ainsi, sans doute, que vous avez été trouvé dans leurs rangs.
Le secrétaire se leva:
—Nobles juges, le nom seul du fils du vice-roi de Norvège est un plaidoyer suffisant pour lui. Le baron Ordener Guldenlew ne peut être un rebelle. Notre illustre président a parfaitement expliqué sa fâcheuse arrestation parmi les rebelles. Le seul tort du noble prisonnier est de n’avoir pas dit plus tôt son nom. Nous demandons qu’il soit mis sur-le-champ en liberté, abandonnant toute accusation à son égard, et regrettant qu’il se soit assis sur le banc souillé par le criminel Schumacker et ses complices.
—Que faites-vous donc? s’écria Ordener.
—Le secrétaire intime, dit le président, se désiste de toute poursuite à votre égard.
—Il a tort, répliqua Ordener, d’une voix haute et sonore; je dois ici être seul accusé, seul jugé, et seul condamné.—Il s’arrêta un moment, et ajouta d’un accent moins ferme:—Car je suis seul coupable.
—Seul coupable! s’écria le président.