Ce nouveau personnage était enveloppé d’une natte de jonc et de poil de veau marin, vêtement des Groënlandais, qui tombait autour de lui comme le toit conique d’une hutte. Sa barbe était noire, et d’épais cheveux de même couleur, couvrant ses sourcils roux, cachaient son visage, dont tout ce qu’on distinguait était hideux. On ne voyait ni ses bras ni ses mains.
—Ah! c’est toi? dit le soldat avec un éclat de rire. Et qui donc, selon toi, mon beau sire, a eu l’honneur de prendre ce diabolique géant?
Le petit homme secoua la tête et dit avec une sorte de sourire malicieux:
—C’est moi!
En ce moment, le baron Voethaün crut reconnaître en cet homme singulier l'être mystérieux qui lui avait donné à Skongen l’avis de l’arrivée des rebelles; le chancelier d’Ahlefeld, l’hôte de la ruine d’Arbar; et le secrétaire intime, un certain paysan d’Oëlmoe, qui portait une natte pareille et lui avait si bien indiqué la retraite de Han d’Islande. Mais, séparés tous trois, ils ne purent se communiquer leur impression fugitive, que les différences de costume et de traits qu’ils remarquèrent ensuite eurent bientôt effacée.
—Vraiment, c’est toi! répondit le soldat ironiquement.—Sans ton costume de phoque du Groënland, au regard que tu me lances, je serais tenté de reconnaître en toi un autre nain grotesque, qui m’a de même cherché querelle dans le Spladgest, il y a environ quinze jours;—c’était le jour où on apporta le cadavre du mineur Gill Stadt.
—Gill Stadt! interrompit le petit homme en tressaillant.
—Oui, Gill Stadt, affirma le soldat avec indifférence, l’amoureux rebuté d’une fille qui était la maîtresse d’un de nos camarades, et pour laquelle il est mort comme un sot.
Le petit homme dit sourdement:
—N’y avait-il pas aussi au Spladgest le corps d’un officier de ton régiment?