Le petit homme s’approcha du soldat de Munckholm, qui, comme l’auditoire, observait cette scène avec curiosité.
—Montagnard de Kole, on dit que Han d’Islande boit du sang humain. Si tu l’es, bois-en.—En voici.
Et à peine ces paroles étaient-elles prononcées, qu’écartant son manteau de natte, il avait plongé un poignard dans le cœur de l’arquebusier, et jeté le cadavre aux pieds du géant.
Un cri d’effroi et d’horreur s’éleva; les soldats qui gardaient le géant reculèrent. Le petit homme, prompt comme le tonnerre, s’élança sur le montagnard découvert, et d’un nouveau coup de poignard il le fit tomber sur le corps du soldat. Alors, dépouillant sa natte de jonc, sa fausse chevelure et sa barbe noire, il dévoila ses membres nerveux, hideusement revêtus de peaux de bêtes, et un visage qui répandit plus d’horreur encore parmi les assistants que le poignard sanglant dont il élevait le fer dégouttant de deux meurtres.
—Hé! juges, où est Han d’Islande?
—Gardes, qu’on saisisse ce monstre! cria le président épouvanté.
Han jeta dans la salle son poignard.
—Il m’est inutile, s’il n’y a plus ici de soldats de Munckholm. En parlant ainsi, il se livra sans résistance aux hallebardiers et aux archers qui l’entouraient, se préparant à l’assiéger comme une ville. On enchaîna le monstre sur le banc des accusés, et une litière emporta ses deux victimes, dont l’une, le montagnard, respirait encore.
Il est impossible de peindre les divers mouvements de terreur, d’étonnement et d’indignation qui, pendant cette scène horrible, avaient agité le peuple, les gardes et les juges. Quand le brigand eut pris place, calme et impassible, sur le banc fatal, le sentiment de la curiosité imposa silence à toute autre impression, et l’attention rétablit la tranquillité.
L’évêque vénérable se leva: