Le président referma le livre.
—Ordener Guldenlew, baron de Thorvick, chevalier de Dannebrog, vous vous êtes rendu coupable de haute trahison, crime pour lequel votre tête va être tranchée, votre corps brûlé, et votre cendre jetée au vent.—Ordener Guldenlew, traître, vous vous êtes rendu indigne de prendre rang parmi les chevaliers de Dannebrog. Je vous invite à vous humilier, car je vais vous dégrader publiquement au nom du roi.
Le président étendit la main sur le livre de l’ordre, et s’apprêtait à prononcer la formule fatale sur Ordener, calme et immobile, lorsqu’une porte latérale s’ouvrit à droite du tribunal. Un huissier ecclésiastique parut, annonçant sa révérence l’évêque de Drontheimhus.
C’était lui en effet. Il entra précipitamment dans la salle, accompagné d’un autre ecclésiastique qui le soutenait.
—Arrêtez! seigneur président, cria-t-il avec une force qui semblait n'être plus de son âge; arrêtez!—Le ciel soit béni! j’arrive à temps:
L’assemblée redoubla d’attention, prévoyant quelque nouvel événement.
Le président se tourna vers l’évêque avec humeur:
—Votre révérence me permettra de lui faire remarquer, que sa présence est inutile ici. Le tribunal va dégrader le condamné, qui touche au moment de subir sa peine.
—Gardez-vous, dit l’évêque, de toucher à celui qui est pur devant le Seigneur. Ce condamné est innocent. Rien ne peut se comparer au cri d’étonnement qui retentit dans l’auditoire, si ce n’est le cri d’épouvante que poussèrent le président et le secrétaire intime.
—Oui, tremblez, juges, poursuivit l’évêque avant que le président eût eu le temps de reprendre son sang-froid; tremblez! car vous alliez verser le sang innocent.