Ce fut une scène touchante que la reconnaissance de ces deux vieux compagnons de puissance et de jeunesse. Le cœur de Schumacker se dilatait enfin. En connaissant Han d’Islande, il avait cessé de haïr les hommes; en connaissant Ordener et Levin, il se prenait à les aimer.

Bientôt de belles et douces fêtes solennisèrent le sombre hymen du cachot. La vie commença à sourire aux deux jeunes époux qui avaient su sourire à la mort. Le comte d’Ahlefeld les vit heureux; ce fut sa plus cruelle punition.

Athanase Munder eut aussi sa joie. Il obtint la grâce de ses douze condamnés, et Ordener y ajouta celle de ses anciens confrères d’infortune, Kennybol, Jonas et Norbith, qui retournèrent libres et joyeux annoncer, aux mineurs pacifiés que le roi les délivrait de la tutelle.

Schumacker ne jouit pas longtemps de l’union d’Éthel et d’Ordener; la liberté et le bonheur avaient trop ébranlé son âme; elle alla jouir d’un autre bonheur et d’une autre liberté. Il mourut dans la même année 1699, et ce chagrin vint frapper ses enfants, comme pour leur apprendre qu’il n’est point de félicité parfaite sur la terre. On l’inhuma dans l’église de Veer, terre que son gendre possédait dans le Jutland, et le tombeau lui conserva tous les titres que la captivité lui avait enlevés. De l’alliance d’Ordener et d’Éthel naquit la famille des comtes de Danneskiold.