—Eh bien, vous le voulez, jeune homme, dit Spiagudry se redressant et d’une voix haute, ce meurtrier, ce profanateur est Han d’Islande.
Ce nom redoutable n’était pas ignoré d’Ordener.
—Comment! reprit-il, Han! cet exécrable bandit!
—Ne l’appelez pas bandit, car il vit toujours seul.
—Alors, misérable, comment le connaissez-vous? Quels crimes communs vous ont donc rapprochés?
—Oh! noble maître, daignez ne pas croire aux apparences. Le tronc de chêne est-il vénéneux parce que le serpent s’y abrite?
—Point de vaines paroles! un scélérat ne peut avoir d’ami qu’un complice.
—Je ne suis point son ami, et moins encore son complice; et si mes serments ne vous ont pas persuadé, seigneur, veuillez de grâce remarquer que cette profanation détestable m’expose, dans vingt-quatre heures, quand on viendra relever le corps de Gill Stadt, au supplice des sacrilèges, et me jette ainsi dans la plus effroyable inquiétude où innocent se soit jamais trouvé.
Ces considérations d’intérêt personnel firent encore plus sur Ordener que la voix suppliante du pauvre gardien, auquel elles avaient probablement inspiré en bonne partie sa pathétique, quoique inutile résistance au sacrilège du petit homme. Ordener parut méditer un moment, pendant lequel Spiagudry cherchait à lire sur son visage si ce repos déciderait la paix ou ramènerait la tempête.
Enfin il dit d’un ton sévère, mais calme: