Et il la pressait doucement dans ses bras.

—Et que me fait tout cela? reprit-elle éplorée. Mon ami, mon Ordener, ma joie, tu sais que tu es toute ma joie, ne me donne pas un malheur affreux et certain pour des malheurs légers et douteux. Que me font ma fortune, ma vie?

—Il s’agit aussi, Éthel, de la vie de votre père.

Elle s’arracha de ses bras.

—De mon père? répéta-t-elle à voix basse et en pâlissant.

—Oui, Éthel. Ce brigand, soudoyé sans doute par les ennemis du comte Griffenfeld, a en son pouvoir des papiers dont la perte compromet les jours, déjà si détestés, de votre père. Je veux lui reprendre ces papiers avec la vie.

Éthel resta quelques instants pâle et muette; ses larmes s’étaient taries, son sein gonflé respirait péniblement, elle regardait la terre d’un œil terne et indifférent, de l’œil dont le condamné la regarde au moment où la hache se lève derrière lui sur sa tête.

—De mon père! murmura-t-elle.

Puis elle tourna lentement les yeux sur Ordener.

—Ce que tu fais est inutile; mais fais-le.