—Rien, votre excellence, sinon que l’on attend encore mon noble maître, dont je vois que le général est inquiet.
Le général se leva de son grand bureau, et regarda Poël d’un air d’humeur.
—Vous avez de mauvais yeux, Poël. Moi, inquiet d’Ordener! Je sais le motif de son absence; je ne l’attends pas encore.
Le général Levin de Knud était tellement jaloux de son autorité, qu’elle lui eût semblé compromise, si un subalterne eût pu deviner une de ses secrètes pensées, et croire qu’Ordener avait agi sans son ordre.
—Poël, poursuivit-il, retirez-vous.
Le valet sortit.
—En vérité, s’écria le gouverneur resté seul, Ordener use et abuse. À force de plier la lame, on la brise. Me faire passer une nuit d’insomnie et d’impatience! exposer le général Levin aux sarcasmes d’une chancelière et aux conjectures d’un valet! et tout cela pour qu’un vieil ennemi ait les premiers embrassements qu’il doit à un vieil ami. Ordener! Ordener! les caprices tuent la liberté. Qu’il vienne, qu’il arrive maintenant, du diable si je ne l’accueille pas comme la poudre accueille le feu! Exposer le gouverneur de Drontheim aux conjectures d’un valet, aux sarcasmes d’une chancelière! Qu’il vienne!
Le général continuait d’apostiller les papiers sans les lire, tant sa mauvaise humeur le préoccupait.
—Mon général! mon noble père! s’écria une voix connue.
Ordener serrait dans ses bras le vieillard, qui ne songea pas même à réprimer un cri de joie.