—Oui, mon brave Ordener; mais tu pars sans trop savoir pourquoi, et tu sais quelle grande affaire te demande.

—Mon père m’a laissé un mois de réflexion, je le consacre aux intérêts d’un autre. Bonne action donne bon conseil. D’ailleurs à mon retour nous verrons.

—Quoi! reprit le général d’un ton de sollicitude, ce mariage te déplairait-il? on dit Ulrique d’Ahlefeld si belle! dis-moi, l’as-tu vue?

—Je crois qu’oui, dit Ordener; il me semble qu’elle est belle, en effet.

—Eh bien? reprit le gouverneur.

—Eh bien, dit Ordener, elle ne sera pas ma femme.

Ce mot froid et décisif frappa le général comme un coup violent. Les soupçons de l’orgueilleuse comtesse lui revinrent à l’esprit.

—Ordener, dit-il en hochant la tête, je devrais être sage, car j’ai été pécheur. Eh bien, je suis un vieux fou! Ordener! le prisonnier a une fille....

—Oh! s’écria le jeune homme, général, je voulais vous en parler. Je vous demande, mon père, votre protection pour cette faible et opprimée jeune fille.

—En vérité, dit gravement le gouverneur, tes instances sont vives.