Une terrasse du palais d'Aragon. Au fond, la rampe d'un escalier qui s'enfonce dans le jardin. A droite et à gauche, deux portes donnant sur une terrasse, que ferme une balustrade surmontée de deux rangs d'arcades moresques, au-dessus et au travers desquelles on voit les jardins du palais, les jets d'eau dans l'ombre, les bosquets avec les lumières qui s'y promènent, et au fond les faîtes gothiques et arabes du palais illuminé. Il est nuit. On entend des fanfares éloignées. Des masques, des dominos, épars, isolés, ou groupés, traversent çà et là la terrasse. Sur le devant, un groupe de jeunes seigneurs, les masques à la main, riant et causant à grand bruit.

SCÈNE PREMIÈRE.

DON SANCHO SANCHEZ DE ZUNIGA, Comte de MONTEREY, DON MATIAS CENTURION,
MARQUIS D'ALMURAN, DON RICARDO DE ROXAS, Comte de CASAPALMA, DON
FRANCISCO DE SOTOMAYOR, Comte de VELALCAZAR, DON GARCI SUAREZ DE
CARBAJAL, Comte DE PERALVER.

DON GARCI.
Ma foi, vive la joie et vive l'épousée!

DON MATIAS (regardant au balcon).
Saragosse ce soir se met à la croisée.

DON GARCI.
Et fait bien! on ne vit jamais noce aux flambeaux
Plus gaie, et nuit plus douce, et mariés plus beaux!

DON MATIAS.
Bon empereur!

DON SANCHO.
Marquis, certain soir qu'à la brune
Nous allions avec lui tous deux cherchant fortune[1],
Qui nous eût dit qu'un jour tout finirait ainsi?

DON RICARDO (l'interrompant).
J'en étais.

Aux autres.
Écoutez l'histoire que voici:
Trois galants, un bandit que l'échafaud réclame,
Puis un duc, puis un roi, d'un même coeur de femme
Font le siège à la fois. L'assaut donné, qui l'a?
C'est le bandit.