HERNANI.
Ce n'est rien.

DOÑA SOL.
Otez donc ce manteau.

HERNANI.
Doña Sol, mon amie,
Dites-moi, quand la nuit vous êtes endormie,
Calme, innocente et pure, et qu'un sommeil joyeux
Entr'ouvre votre bouche et du doigt clôt vos yeux,
Un ange vous dit-il combien vous êtes douce
Au malheureux que tout abandonne et repousse?

DOÑA SOL.
Vous avez bien tardé, seigneur! Mais dites-moi
Si vous avez froid.

HERNANI.
Moi! je brûle près de toi!
Ah! quand l'amour jaloux bouillonne dans nos têtes,
Quand notre coeur se gonfle et s'emplit de tempêtes,
Qu'importe ce que peut un nuage des airs
Nous jeter en passant de tempête et d'éclairs[10]!

DOÑA SOL (lui défaisant son manteau).
Allons! donnez la cape,—et l'épée avec elle.

HERNANI (la main sur son épée).
Non. C'est mon autre amie, innocente et fidèle.
—Doña Sol, le vieux duc, votre futur époux,
Votre oncle, est donc absent?

DOÑA SOL.
Oui, cette heure est à nous.

HERNANI.
Cette heure! Et voilà tout. Pour nous, plus rien qu'une heure!
Après, qu'importe? il faut qu'on oublie ou qu'on meure.
Ange! une heure avec vous! une heure, en vérité,
A qui voudrait la vie, et puis l'éternité!

DOÑA SOL.
Hernani!