HERNANI.
Duc…
DON RUY GOMEZ.
Silence!
Quoi! vous avez l'épée, et la dague, et la lance,
La chasse, les festins, les meutes, les faucons,
Les chansons à chanter le soir sous les balcons,
Les plumes au chapeau, les casaques de soie,
Les bals, les carrousels[34], la jeunesse, la joie,
Enfants, l'ennui vous gagne! A toux prix, au hasard,
Il vous faut un hochet. Vous prenez un vieillard.
Ah! vous l'avez brisé, le hochet! mais Dieu fasse
Qu'il vous puisse en éclats rejaillir à la face!
Suivez-moi!
HERNANI.
Seigneur duc…
DON RUY GOMEZ.
Suivez-moi! suivez-moi!
Messieurs, avons-nous fait cela pour rire? Quoi!
Un trésor est chez moi. C'est l'honneur d'une fille,
D'une femme, l'honneur de toute une famille,
Cette fille, je l'aime, elle est ma nièce, et doit
Bientôt changer sa bague à l'anneau de mon doigt,
Je la crois chaste et pure et sacrée à tout homme,
Or il faut que[35] je sorte une heure, et moi qu'on nomme
Ruy Gomez de Silva, je ne puis l'essayer
Sans qu'un larron d'honneur se glisse à mon foyer!
Arrière! lavez donc vos mains, hommes sans âmes,
Car, rien qu'en y touchant, vous nous tachez nos femmes,
Non. C'est bien. Poursuivez. Ai-je autre chose encor?
Il arrache son collier.
Tenez, foulez aux pieds, foulez ma toison d'or[36]!
Il jette son chapeau.
Arrachez mes cheveux, faites-en chose vile!
Et vous pourrez demain vous vanter par la ville
Que jamais débauchés, dans leurs jeux insolents,
N'ont sur plus noble front souillé cheveux plus blancs.
DOÑA SOL.
Monseigneur…
DON RUY GOMEZ (à ses valets).
Écuyers! écuyers! à mon aide!
Ma hache, mon poignard, ma dague de Tolède!
Aux deux jeunes gens.
Et suivez-moi tous deux!
DON CARLOS (faisant un pas).
Duc, ce n'est pas d'abord
De cela qu'il s'agit. Il s'agit de la mort
De Maximilien, empereur d'Allemagne.