DON RUY GOMEZ.
C'est à vous qu'il revient.

DON CARLOS.
Je le sais.

DON RUY GOMEZ.
Votre père
Fut archiduc d'Autriche, et l'empire, j'espère,
Aura ceci présent[45], que c'était votre aïeul,
Celui qui vient de choir de la pourpre au linceul.

DON CARLOS.
Et puis, on est bourgeois de Gand[46].

DON RUY GOMEZ.
Dans mon jeune âge
Je le vis, votre aïeul. Hélas! seul je surnage
D'un siècle tout entier. Tout est mort à présent.
C'était un empereur magnifique et puissant.

DON CARLOS.
Rome est pour moi[47].

DON RUY GOMEZ.
Vaillant, ferme, point tyrannique,
Cette tête allait bien au vieux corps germanique[48]!

Il s'incline sur les mains du roi et les baise.
Que je vous plains! Si jeune, en un tel deuil plongé!

DON CARLOS.
Le pape veut ravoir la Sicile[49], que j'ai,
Un empereur ne peut posséder la Sicile,
Il me fait empereur, alors, en fils docile,
Je lui rends Naple. Ayons l'aigle[50], et puis nous verrons
Si je lui laisserai rogner les ailerons!

DON RUY GOMEZ.
Qu'avec joie il verrait[51], ce vétéran du trône,
Votre front déjà large aller à sa couronne!
Ah! seigneur, avec vous nous le pleurerons bien,
Cet empereur très grand, très bon et très chrétien!