HERNANI.
C'est un démon redoutable, te dis-je,
Que le mien[46]. Mon bonheur, voilà le seul prodige
Qui lui soit impossible. Et toi, c'est le bonheur!
Tu n'es donc pas pour moi, cherche un autre seigneur!
Va, si jamais le ciel à mon sort qu'il renie
Souriait… n'y crois pas! ce serait ironie!
Epouse le duc!
DOÑA SOL.
Donc, ce n'était pas assez!
Vous aviez déchiré mon coeur, vous le brisez!
Ah! vous ne m'aimez plus!
HERNANI.
Oh! mon coeur et mon âme,
C'est toi, l'ardent foyer d'où me vient toute flamme,
C'est toi! Ne m'en veux pas de fuir[47], être adoré!
DOÑA SOL.
Je ne vous en veux pas. Seulement j'en mourrai.
HERNANI.
Mourir! pour qui? pour moi? Se peut-il que tu meures
Pour si peu?
DOÑA SOL (laissant éclater ses larmes).
Voilà tout.
Elle tombe sur un fauteuil.
HERNANI (s'asseyant près d'elle).
Oh! tu pleures! tu pleures!
Et c'est encor ma faute! et qui me punira?
Car tu pardonneras encor! Qui te dira
Ce que je souffre au moins, lorsqu'une larme noie
La flamme de tes yeux dont l'éclair est ma joie!
Oh! mes amis sont morts[48]! Oh! je suis insensé!
Pardonne. Je voudrais aimer, je ne le sai.
Hélas! j'aime pourtant d'une amour[49] bien profonde!
—Ne pleure pas! mourons plutôt!—Que n'ai-je un monde?
Je te le donnerais! Je suis bien malheureux!
DOÑA SOL (se jetant à son cou).
Vous êtes mon lion superbe et généreux!
Je vous aime.
HERNANI.
Oh! l'amour serait un bien suprême
Si l'on pouvait mourir de trop aimer!