HERNANI.
Taisez-vous, doña Sol. Car cette heure est suprême.
Cette heure m'appartient. Je n'ai plus qu'elle. Ainsi
Laissez-moi m'expliquer avec le duc ici.
Duc, crois aux derniers mots de ma bouche; j'en jure[58],
Je suis coupable, mais sois tranquille,—elle est pure!
C'est là tout. Moi coupable, elle pure; ta foi
Pour elle, un coup d'épée ou de poignard pour moi.
Voilà.—Puis fais jeter le cadavre à la porte
Et laver le plancher, si tu veux, il n'importe!

DOÑA SOL.
Ah! moi seule ai tout fait. Car je l'aime.

Don Ruy se détourne à ce mot en tressaillant, et fixe sur doña Sol
un regard terrible. Elle se jette à ses genoux
.
Oui, pardon!
Je l'aime, monseigneur!

DON RUY GOMEZ.
Vous l'aimez!

A Hernani.
Tremble donc!

Bruit de trompettes au dehors.—Entre le page. Au page
Qu'est ce bruit?

LE PAGE.
C'est le roi, monseigneur, en personne,
Avec un gros d'archers et son héraut qui sonne.

DOÑA SOL.
Dieu! le roi! Dernier coup!

LE PAGE (au duc).
Il demande pourquoi
La porte est close, et veut qu'on ouvre.

DON RUY GOMEZ.
Ouvrez au roi.