DON CARLOS.
Fort bien. Je veux sa tête,—ou bien la tienne,
Entends-tu, mon cousin?

DON RUY GOMEZ (s'inclinant).
Mais qu'à cela ne tienne[63]!
Vous serez satisfait.

Doña Sol cache sa tête dans ses mains et tombe sur le fauteuil.

DON CARLOS (radouci).
Ah! tu t'amendes.—Va
Chercher mon prisonnier.

Le duc croise les bras, baisse la tête et reste quelques moments rêveur. Le roi et doña Sol l'observent en silence et agités d'émotions contraires. Enfin le duc relève son front, va au roi, lui prend la main, et le mène à pas lents devant le plus ancien des portraits, celui qui commence la galerie à droite.

DON RUY GOMEZ (montrant au roi le vieux portrait).
Celui-ci, des Silva
C'est l'aîné, c'est l'aïeul, l'ancêtre, le grand homme!
Don Silvius[64], qui fut trois fois consul de Rome.

Passant au portrait suivant.
Voici don Galceran de Silva, l'autre Cid!
On lui garde à Toro[65], près de Valladolid[66],
Une châsse dorée où brûlent mille cierges.
Il affranchit Léon du tribut des cent vierges[67].

Passant à un autre.
—Don Blas,—qui, de lui-même et dans sa bonne foi,
S'exila pour avoir mal conseillé le roi.

A un autre.
—Christoval.—Au combat d'Escalona, don Sanche,
Le roi, fuyait à pied, et sur sa plume blanche
Tous les coups s'acharnaient; il cria: Christoval!
Christoval prit la plume et donna son cheval.

A un autre.
—Don Jorge, qui paya la rançon de Ramire[68],
Roi d'Aragon.