—Je le sais; je l’ai vu, répondit le docteur.
Il m’a parlé. J’étais monté sur la hauteur,
Pour prier. Le tonnerre a dit à mon oreille:
Me voici, la douleur des peuples me réveille,
Et je descends du ciel quand un prince est mauvais;
Mais je vois arriver le Cid et je m’en vais.

LE ROMANCERO DU CID


I
L’ENTRÉE DU ROI

Vous ne m’allez qu’à la hanche;
Quoique altier et hasardeux,
Vous êtes petit, roi Sanche;
Mais le Cid est grand pour deux.

Quand, chez moi, je vous accueille
Dans ma tour et dans mon fort,
Vous tremblez comme la feuille,
Roi Sanche, et vous avez tort.

Sire, ma herse est fidèle;
Sire, mon seuil est pieux;
Et ma bonne citadelle
Rit à l’aurore des cieux.

Ma tour n’est qu’un tas de pierre,
Roi, mais j’en suis le seigneur;
Elle porte son vieux lierre
Comme moi mon vieil honneur.

Mes hirondelles sont douces;
Mes bois ont un pur parfum,
Mes nids n’ont pas dans leurs mousses
Un cheveu pris à quelqu’un.

Tout passant, roi de Castille,
More ou juif, rabbin, émir,
Peut entrer dans ma bastille
Tranquillement, et dormir.