III
LE ROI JALOUX
Parce que, Léon, la Manche,
L’Èbre, on vous a tout donné,
Et qu’on était grand, don Sanche,
Avant que vous fussiez né,
Est-ce une raison pour être
Vil envers moi qui suis vieux?
Roi, c’est trop d’être le maître
Et d’être aussi l’envieux.
Nous, fils de race guerrière,
Seigneur, nous vous en voulons
Pour vos rires par derrière
Qui nous mordent les talons.
Est-ce qu’à votre service
Le Cid s’est estropié
Au point d’avoir quelque vice
Dans le poignet ou le pié,
Qu’il s’entend, sans frein ni règle,
Moquer par vos gens à vous?
Ne suis-je plus qu’un vieux aigle
A réjouir les hiboux?
Roi, qu’on mette, avec sa chape,
Sa mitre et son palefroi,
Dans une balance un pape
Portant sur son dos un roi;
Ils pèseront dans leur gloire
Moins que moi, Campeador,
Quand le roi serait d’ivoire,
Quand le pape serait d’or!
IV
LE ROI INGRAT
Je vous préviens qu’on me fâche
Moi qui n’ai rien que ma foi,
Lorsqu’étant homme, on est lâche,
Et qu’on est traître, étant roi.