Quoiqu’on ait pour récompense
La haine de vos bandits;
Et malgré ce que je pense,
Et malgré ce que je dis,

Roi, devant vous je me courbe,
Raillé par votre bouffon;
Le loyal devant le fourbe,
L’acier devant le chiffon;

Devant vous, fuyard, s’efface
Le Cid, l’homme sans effroi.
Que voulez-vous que j’y fasse
Puisque vous êtes le roi!

XVI
LE CID EST LE CID

Don Sanche, une source coule
A l’ombre de mes donjons;
Comme le Cid dans la foule
Elle est pure dans les joncs.

Je n’ai pas d’autre vignoble;
Buvez-y; je vous absous.
Autant que vous je suis noble
Et chevalier plus que vous.

Les savants, ces prêcheurs mornes,
Sire, ont souvent pour refrains
Qu’un trône même a des bornes
Et qu’un roi même a des freins;

De quelque nom qu’il se nomme,
Nul n’est roi sous le ciel bleu
Plus qu’il n’est permis à l’homme
Et qu’il ne convient à Dieu.

Mais, pour marquer la limite,
Il faudrait étudier;
Il faudrait être un ermite
Ou bien un contrebandier.

Moi, ce n’est pas mon affaire;
Je ne veux rien vous ôter;
Étant le Cid, je préfère
Obéir à disputer.