Il regarda celui qui s’avançait, et vit,
Comme le roi Saül lorsque apparut David,
Une espèce d’enfant au teint rose, aux mains blanches,
Que d’abord les soudards dont l’estoc bat les hanches
Prirent pour une fille habillée en garçon,
Doux, frêle, confiant, serein, sans écusson
Et sans panache, ayant, sous ses habits de serge,
L’air grave d’un gendarme et l’air froid d’une vierge.

—Toi, que veux-tu, dit Charle, et qu’est-ce qui t’émeut?
—Je viens vous demander ce dont pas un ne veut,
L’honneur d’être, ô mon roi, si Dieu ne m’abandonne,
L’homme dont on dira: C’est lui qui prit Narbonne.

L’enfant parlait ainsi d’un air de loyauté,
Regardant tout le monde avec simplicité.

Le gantois, dont le front se relevait très vite,
Se mit à rire, et dit aux reîtres de sa suite:
—Hé! c’est Aymerillot, le petit compagnon!

—Aymerillot, reprit le roi, dis-nous ton nom.

—Aymery. Je suis pauvre autant qu’un pauvre moine.
J’ai vingt ans, je n’ai point de paille et point d’avoine,
Je sais lire en latin, et je suis bachelier.
Voilà tout, sire. Il plut au sort de m’oublier
Lorsqu’il distribua les fiefs héréditaires.
Deux liards couvriraient fort bien toutes mes terres,
Mais tout le grand ciel bleu n’emplirait pas mon cœur.
J’entrerai dans Narbonne et je serai vainqueur.
Après, je châtierai les railleurs, s’il en reste.

Charles, plus rayonnant que l’archange céleste,
S’écria:

—Tu seras, pour ce propos hautain,
Aymery de Narbonne et comte palatin,
Et l’on te parlera d’une façon civile,
Va, fils!

Le lendemain Aymery prit la ville.

BIVAR