Ma foi, monsieur, je ne l'ai lu ni ne le lirai. Je dînais hier chez Mme de Sénange, et la marquise de Morival en a parlé au duc de Melcour. On dit qu'il y a des personnalités contre la magistrature, et surtout contre le président d'Alimont. L'abbé de Floricour aussi était indigné. Il paraît qu'il y a un chapitre contre la religion, et un chapitre contre la monarchie. Si j'étais procureur du roi !…
LE CHEVALIER.
Ah bien oui, procureur du roi ! et la charte ! et la liberté de la presse ! Cependant, un poète qui veut supprimer la peine de mort, vous conviendrez que c'est odieux. Ah ! ah ! dans l'ancien régime, quelqu'un qui se serait permis de publier un roman contre la torture !… Mais depuis la prise de la Bastille, on peut tout écrire. Les livres font un mal affreux.
LE GROS MONSIEUR.
Affreux. On était tranquille, on ne pensait à rien. Il se coupait bien de temps en temps en France une tête par-ci par-là, deux tout au plus par semaine. Tout cela sans bruit, sans scandale. Ils ne disaient rien. Personne n'y songeait. Pas du tout, voilà un livre… — un livre qui vous donne un mal de tête horrible !
LE MONSIEUR MAIGRE.
Le moyen qu'un juré condamne après l'avoir lu !
ERGASTE.
Cela trouble les consciences.