— Ah ! ah ! monsieur, vousailles [Note : Vous.] êtes un marquis ! c'est un marquis !
Je l'ai interrompu :
— Mon ami, j'ai besoin de me recueillir, laissez-moi.
La gravité de ma parole l'a rendu pensif tout à coup. Il a remué sa tête grise et presque chauve ; puis, creusant avec ses ongles sa poitrine velue, qui s'offrait nue sous sa chemise ouverte :
— Je comprends, a-t-il murmuré entre ses dents ; au fait, le sanglier
[Note : Le prêtre.] !…
Puis, après quelques minutes de silence :
— Tenez, m'a-t-il dit presque timidement, vous êtes un marquis, c'est fort bien ; mais vous avez là une belle redingote qui ne vous servira plus à grand'chose ! Le taule la prendra. Donnez-la-moi, je la vendrai pour avoir du tabac.
J'ai ôté ma redingote et je la lui ai donnée. Il s'est mis à battre des mains avec une joie d'enfant. Puis, voyant que j'étais en chemise et que je grelottais :
— Vous avez froid, monsieur, mettez ceci ; il pleut, et vous seriez mouillé ; et puis il faut être décemment sur la charrette.
En parlant ainsi, il ôtait sa grosse veste de laine grise et la passait dans mes bras. Je le laissais faire.