Mais saint Nil dit au démon: «Je ne puis t'aider, mon ami, et j'en ai regret; mais il faudrait mettre la main à cette outre qui est une chose morte, et un verset de la très-sainte Ecriture défend de toucher aux choses mortes sous peine de rester impur.»
Saint Autremoine dit au démon: «Je ne puis t'aider, mon ami, et j'en ai regret; mais je considère que ce serait une bonne action, et les bonnes actions ayant l'inconvénient de pousser à la vanité celui qui les fait, je m'abstiens d'en faire pour conserver l'humilité.»
Saint Jean le Nain dit au démon: «Je ne puis t'aider, mon ami, et j'en ai regret; mais, comme tu vois, je suis si petit que je ne pourrais atteindre à ta ceinture. Comment ferais-je pour te mettre cette charge sur les épaules?»
Saint Médard, tout en larmes, dit au démon: «Je ne puis t'aider, mon ami, et j'en ai regret; mais je suis si ému vraiment, que j'ai les bras cassés.»
Et ils continuèrent leur chemin.
Le diable enrageait. «Voilà des animaux! s'écria-t-il en regardant les saints s'éloigner. Quels vieux pédants! Sont-ils absurdes avec leurs grandes barbes! Ma parole d'honneur, ils sont encore plus bêtes que l'ange!»
Lorsqu'un de nous enrage, il a du moins la ressource d'envoyer au diable celui qui l'irrite. Le diable n'a pas cette douceur. Aussi y a-t-il dans toutes ses colères une pointe qui rentre en lui-même et qui l'exaspère.
Comme il maugréait en fixant son œil plein de flamme et de fureur sur le ciel, son ennemi, voilà qu'il aperçoit dans les nuées un point noir. Ce point grossit, ce point approche; le diable regarde; c'était un homme,—c'était un chevalier armé et casqué,—c'était un chrétien ayant la croix rouge sur la poitrine,—qui tombait des nues.
«Que n'importe qui soit loué! cria le démon en sautant de joie. Je suis sauvé. Voilà mon chrétien qui m'arrive! Je n'ai pas pu venir à bout de quatre saints, mais ce serait bien le diable si je ne venais pas à bout d'un homme.
En ce moment-là, Pécopin, doucement déposé sur le rivage, mettait pied à terre.