(IV.) (XX.) (XIII.)
Après quoi il se livra au bourreau pendant que les assistants riaient de sa folie et de son énigme. Aujourd'hui, en rapprochant l'un de l'autre les trois nombres mystérieux écrits par le vieillard, on trouve ce chiffre formidable: quatre-vingt-treize.
Et, ceci est à noter aussi, ce gibet menaçant, qui, dès le treizième siècle, portait sur sa plinthe sinistre la date de la chute des empires, portait en même temps sa condamnation à lui-même et la date de son propre écroulement. Le gibet faisait partie de l'ancien pouvoir. La Révolution française n'a pas plus respecté la permanence des gibets que la permanence des dynasties. Comme rien n'est plus de marbre, rien n'est plus de pierre. Au dix-neuvième siècle, l'échafaud aussi a perdu sa majesté et sa grandeur; il est de sapin, comme le trône.
Ainsi qu'Aix-la-Chapelle, Mayence a eu un évêque, un seul, nommé par Napoléon, digne et respectable pasteur, dit-on, qui a siégé de 1802 à 1818, et qui est enterré, comme les autres, dans ce qui fut sa cathédrale. Cependant, il faut en convenir, en présence du majestueux néant des électeurs archiépiscopaux de Mayence, c'est un néant bien pauvre et bien petit que celui de M. Louis Colmar, évêque du département du Mont-Tonnerre, dans sa tombe ogive en style troubadour, laquelle serait un admirable modèle de pendule gothique pour les bourgeois riches de la rue Saint-Denis, si l'on y avait ajusté un cadran au lieu d'un évêque. Du reste, ainsi que je le disais tout à l'heure, ce chétif évêque, qui avait en lui cela de grand qu'il était un fait révolutionnaire, a tué l'archevêque souverain. Depuis M. Louis Colmar, il n'y a plus qu'un évêque à Mayence, aujourd'hui capitale de la Hesse rhénane.
J'ai trouvé la aussi un couple arcadien d'archevêques frères, enterrés vis-à-vis l'un de l'autre, après avoir régné sur le même peuple et gouverné les mêmes âmes, l'un en 1390, et l'autre en 1419. Jean et Adolphe de Nassau se regardent dans la nef de Mayence comme Adolphe et Antoine de Schauenbourg dans le chœur de Cologne.
J'ai dit que l'un des quarante-trois tombeaux était du huitième siècle. Ce monument, qui n'est pas d'un archevêque, est celui que j'ai cherché d'abord et qui m'a arrêté le plus longtemps, car il s'accouplait dans ma pensée au grand sépulcre d'Aix-la-Chapelle. C'est la tombe de Fastrada, femme de Charlemagne. La tombe de Fastrada est une simple lame de marbre blanc aujourd'hui enchâssée dans un mur. J'ai déchiffré cette épitaphe, écrite en lettres romaines avec les abréviations byzantines:
FASTRADANA PIA CAROLI CONIVX VOCITATA
CHRISTO DILECTA IACET HOC SVB MARMORE TECTA
ANNO SEPTENGENTESIMO NONAGESIMO QVARTO.
Puis viennent ces trois vers mystérieux: