J'ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien-aimée.

Elle est pâle et n'a pas de corolle embaumée.

Sa racine n'a pris sur la crête des monts

Que l'amère senteur des glauques goëmons;

Moi, j'ai dit: «Pauvre fleur, du haut de cette cime,

Tu devais t'en aller dans cet immense abîme

Où l'algue et le nuage et les voiles s'en vont.

Va mourir sur un coeur, abîme plus profond.

Fane-toi sur ce sein en qui palpite un monde.

Le ciel, qui te créa pour t'effeuiller dans l'onde,