G., calme, le buste presque droit, la voix vibrante, était un de ces grands octogénaires qui font l'étonnement du physiologiste. La révolution a eu beaucoup de ces hommes proportionnés à l'époque. On sentait dans ce vieillard l'homme à l'épreuve. Si près de sa fin, il avait conservé tous les gestes de la santé. Il y avait dans son coup d'œil clair, dans son accent ferme, dans son robuste mouvement d'épaules, de quoi déconcerter la mort. Azraël, l'ange mahométan du sépulcre, eût rebroussé chemin et eût cru se tromper de porte. G. semblait mourir parce qu'il le voulait bien. Il y avait de la liberté dans son agonie. Les jambes seulement étaient immobiles. Les ténèbres le tenaient par là. Les pieds étaient morts et froids, et la tête vivait de toute la puissance de la vie et paraissait en pleine lumière. G., en ce grave moment, ressemblait à ce roi du conte oriental, chair par en haut, marbre par en bas.
Une pierre était là. L'évêque s'y assit. L'exorde fut ex abrupto.
—Je vous félicite, dit-il du ton dont on réprimande. Vous n'avez toujours pas voté la mort du roi.
Le conventionnel ne parut pas remarquer le sous-entendu amer caché dans ce mot: toujours. Il répondit. Tout sourire avait disparu de sa face.
—Ne me félicitez pas trop, monsieur; j'ai voté la fin du tyran.
C'était l'accent austère en présence de l'accent sévère.
—Que voulez-vous dire? reprit l'évêque.
—Je veux dire que l'homme a un tyran, l'ignorance. J'ai voté la fin de ce tyran-là. Ce tyran-là a engendré la royauté qui est l'autorité prise dans le faux, tandis que la science est l'autorité prise dans le vrai. L'homme ne doit être gouverné que par la science.
—Et la conscience, ajouta l'évêque.
—C'est la même chose. La conscience, c'est la quantité de science innée que nous avons en nous.