Marius, le soir qui suivit ce dialogue, monta en diligence sans se douter qu'il eût un surveillant. Quant au surveillant, la première chose qu'il fit, ce fut de s'endormir. Le sommeil fut complet et consciencieux. Argus ronfla toute la nuit.
Au point du jour, le conducteur de la diligence cria:—Vernon! relais de Vernon! les voyageurs pour Vernon!—Et le lieutenant Théodule se réveilla.
—Bon, grommela-t-il, à demi endormi encore, c'est ici que je descends.
Puis, sa mémoire se nettoyant par degrés, effet du réveil, il songea à sa tante, aux dix louis, et au compte qu'il s'était chargé de rendre des faits et gestes de Marius. Cela le fit rire.
Il n'est peut-être plus dans la voiture, pensa-t-il, tout en reboutonnant sa veste de petit uniforme. Il a pu s'arrêter à Poissy; il a pu s'arrêter à Triel; s'il n'est pas descendu à Meulan, il a pu descendre à Mantes, à moins qu'il ne soit descendu à Rolleboise, ou qu'il n'ait poussé jusqu'à Pacy, avec le choix de tourner à gauche sur Évreux ou à droite sur Laroche-Guyon. Cours après, ma tante. Que diable vais-je lui écrire, à la bonne vieille?
En ce moment un pantalon noir qui descendait de l'impériale apparut à la vitre du coupé.
—Serait-ce Marius? dit le lieutenant.
C'était Marius.
Une petite paysanne, au bas de la voiture, mêlée aux chevaux et aux postillons, offrait des fleurs aux voyageurs.—Fleurissez vos dames, criait-elle.
Marius s'approcha d'elle et lui acheta les plus belles fleurs de son éventaire.