Mais rien ne pouvait «faire parler» Marius. On lui eût arraché les ongles plutôt qu'une des trois syllabes sacrées dont se composait ce nom ineffable, Cosette. L'amour vrai est lumineux comme l'aurore et silencieux comme la tombe. Seulement il y avait, pour Courfeyrac, ceci de changé en Marius, qu'il avait une taciturnité rayonnante.
Pendant ce doux mois de mai Marius et Cosette connurent ces immenses bonheurs:
Se quereller et se dire vous, uniquement pour mieux se dire tu ensuite;
Se parler longuement, et dans les plus minutieux détails, de gens qui ne les intéressaient pas le moins du monde; preuve de plus que, dans ce ravissant opéra qu'on appelle l'amour, le libretto n'est presque rien;
Pour Marius, écouter Cosette parler chiffons;
Pour Cosette, écouter Marius parler politique;
Entendre, genou contre genou, rouler les voitures rue de Babylone;
Considérer la même planète dans l'espace ou le même ver luisant dans l'herbe;
Se taire ensemble; douceur plus grande encore que causer;
Etc., etc.