—Bah! les hommes doivent donc avoir froid et être mal?
—Certains hommes.
—C'est bon, je viendrai si souvent ici que vous serez bien obligé d'y faire du feu.
Elle lui disait encore:
—Père, Pourquoi mangez-vous du vilain pain comme cela?
—Parce que..., ma fille.
—Eh bien, si vous en mangez, j'en mangerai.
Alors, pour que Cosette ne mangeât pas de pain noir, Jean Valjean mangeait du pain blanc.
Cosette ne se rappelait que confusément son enfance. Elle priait matin et soir pour sa mère qu'elle n'avait pas connue. Les Thénardier lui étaient restés comme deux figures hideuses à l'état de rêve. Elle se rappelait qu'elle avait été «un jour, la nuit» chercher de l'eau dans un bois. Elle croyait que c'était très loin de Paris. Il lui semblait qu'elle avait commencé à vivre dans un abîme et que c'était Jean Valjean qui l'en avait tirée. Son enfance lui faisait l'effet d'un temps où il n'y avait autour d'elle que des mille-pieds, des araignées, et des serpents. Quand elle songeait le soir avant de s'endormir, comme elle n'avait pas une idée très nette d'être la fille de Jean Valjean et qu'il fût son père, elle s'imaginait que l'âme de sa mère avait passé dans ce bonhomme et était venue demeurer auprès d'elle.
Lorsqu'il était assis, elle appuyait sa joue sur ses cheveux blancs et y laissait silencieusement tomber une larme en se disant: C'est peut-être ma mère, cet homme-là!