En outre les belles dames savaient le latin. C’était, depuis le seizième siècle, une grâce féminine. Jane Grey avait poussé l’élégance jusqu’à savoir l’hébreu.
La duchesse Josiane latinisait. De plus, autre belle manière, elle était catholique. En secret, disons-le, et plutôt comme son oncle Charles II que comme son père Jacques II. Jacques, à son catholicisme, avait perdu sa royauté, et Josiane ne voulait point risquer sa pairie. C’est pourquoi, catholique dans l’intimité et entre raffinés et raffinées, elle était protestante extérieure. Pour la canaille.
Cette façon d’entendre la religion est agréable; on jouit de tous les biens attachés à l’église officielle épiscopale, et plus tard on meurt, comme Grotius, en odeur de catholicisme, et l’on a la gloire que le père Petau dise une messe pour vous.
Quoique grasse et bien portante, Josiane était, insistons-y, une précieuse parfaite.
Par moments, sa façon dormante et voluptueuse de traîner la fin des phrases imitait les allongements de pattes d’une tigresse marchant dans les jongles.
L’utilité d’être précieuse, c’est que cela déclasse le genre humain. On ne lui fait plus l’honneur d’en être.
Avant tout, mettre l’espèce humaine à distance, voilà ce qui importe.
Quand on n’a pas l’olympe, on prend l’hôtel de Rambouillet.
Junon se résout en Araminte. Une prétention de divinité non admise crée la mijaurée. A défaut de coups de tonnerre, on a l’impertinence. Le temple se ratatine en boudoir. Ne pouvant être déesse, on est idole.
Il y a en outre dans le précieux une certaine pédanterie qui plaît aux femmes.