Premier point à éclaircir. La reine aimait-elle sa sœur?
Un faux pas peut tout perdre. Barkilphedro observait.
Avant d’entamer la partie, le joueur regarde ses cartes. Quels atouts a-t-il? Barkilphedro commença par examiner l’âge des deux femmes: Josiane, vingt-trois ans; Anne, quarante et un ans. C’était bien. Il avait du jeu.
Le moment où la femme cesse de compter par printemps et commence à compter par hivers, est irritant. Sourde rancune contre le temps, qu’on a en soi. Les jeunes belles épanouies, parfums pour les autres, sont pour vous épines, et de toutes ces roses vous sentez la piqûre. Il semble que toute cette fraîcheur vous est prise, et que la beauté ne décroît en vous que parée qu’elle croît chez les autres.
Exploiter cette mauvaise humeur secrète, creuser la ride d’une femme de quarante ans qui est reine, cela était indiqué à Barkilphedro.
L’envie excelle à exciter la jalousie comme le rat à faire sortir le crocodile.
Barkilphedro attachait sur Anne son regard magistral.
Il voyait dans la reine comme on voit dans une stagnation. Le marécage a sa transparence. Dans une eau sale on voit des vices; dans une eau trouble on voit des inepties. Anne n’était qu’une eau trouble.
Des embryons de sentiments et des larves d’idées se mouvaient dans cette cervelle épaisse.
C’était peu distinct. Cela avait à peine des contours. C’étaient des réalités pourtant, mais informes. La reine pensait ceci. La reine désirait cela. Préciser quoi était difficile. Les transformations confuses qui s’opèrent dans l’eau croupissante sont malaisées à étudier.